Bourgogne Magazine Juin 2016

Dans les Yeux d’Olivier

L’ex saltimbanque Olivier Leflaive a inventé l’oenotourisme et la Table d’hôtes vigneronne à Puligny-Montrachet. Des années plus tard, il y ajoute une touche gastronomique. Et nous dit pourquoi, les yeux dans les yeux.

L’enfant de Puligny-Montrachet a du sang de la vigne dans les veines et un indiscutable tempérament de saltimbanque-entrepreneur en lui. Un arrière grand-père tonnelier-fermier-viticulteur, un grand-père technicien metteur au point du premier sous-marin français, puis un père renouant avec les valeurs viticoles bourguignonnes achèvent de poser les bases d’une personnalité grand cru, aux arômes exotiques (c’est aussi un grand voyageur), dotée d’une structure complexe. « Je voulais être chanteur et compositeur », déclare l’intéressé, qui a brûler les planches de sa jeunesse en jouant le rôle d’impresario et de directeur de salle à Paris avant de revenir au pays.

Le paternel étant malade, il se décide donc, en 1981, à reprendre l’exploitation. « Je me suis vite emmerdé », poursuit Olivier qui, très vite, se lance dans une affaire de négoce avec une ambition aussi claire qu’un chardonnay bien minéral ; réunir tous les blancs de la Côte de Beaune dans sa proposition. Soit 85 appellations (dont une quinzaine de rouges quand même) qui portent sa signature, 800 000 bouteilles de belle qualité et la reconstruction d’une nouvelle propriété de 18,5 hectares.

Père fondateur de l’oenotourisme à la Bourguignonne, inventeur de la première table d’hôtes régionale, son complexe touristique propose des chambres de haut niveau.

Aujourd’hui, Olivier Leflaive pousse toujours volontiers la chansonnette avec sa guitare et des oeuvres de son cru. Il a délégué la gestion de son petit empire (42 employés) à ses proches : son ex-gendre Jean pour la direction générale, sa fille Julie (elle-même actrice) pour la partie hôtelière, tout en veillant aux comptes car, on ne se refait pas, ce gestionnaire-saltinbanque est aussi un fan de comptabilité! Et s’appuie désormais sur les talents de son jeune chef Lionel Freitas (un ancien de Lameloise) pour proposer une cuisine basée sur le produit, simple et accessible aux gourmets locaux autant qu’aux touristes,avec des vins à saisir aux prix départ cave. Les yeux dans les yeux, le septuagénaire Olivier Leflaive l’assume : la vie ne vaut d’être vécue que si l’on sait se remettre en question. Ceci expliquant sans doute cela.